POLITIQUE, MORALE ET RESPONSABILITÉ RÉPUBLICAINE (PAR THIERNO LO)
Pour une fois, je n’ai pas suivi le discours du Président de la République ni les débats médiatiques qui l’ont accompagné, retenu par d’autres obligations. Mais deux éléments majeurs, découverts dans la journée, appellent de ma part une prise de position claire, responsable et républicaine.
Le premier est d’ordre moral et spirituel. Il s’agit de cette vérité fondamentale que j’ai toujours portée depuis mon entrée en politique : la politique, nos discours et nos actes dépassent ce monde-ci et nous engagent devant Dieu. Cette conviction fut le socle de mon engagement au sein de la CDP/Garabi aux côtés de feu Iba Der Thiam. Elle est universelle, reconnue par toutes les religions : chaque acte, chaque parole, chaque relation humaine devra être assumée.
J’ai noté avec intérêt que le Premier ministre Ousmane Sonko a récemment rappelé cette exigence. J’y vois une convergence salutaire, à rebours de ceux qui prétendent que la politique serait affranchie de toute morale, que tous les moyens seraient permis pour satisfaire des ambitions personnelles, y compris la manipulation des masses et la trahison des engagements.
Ce rappel doit nous ramener à l’ordre. Il doit nous conduire à revoir nos postures, à corriger nos comportements et à inscrire notre action dans l’intérêt général. Il nous rappelle surtout une évidence trop souvent oubliée : nos mandats sont à durée déterminée. Nous ne sommes ni propriétaires du pouvoir ni au-dessus des principes. Nous sommes des serviteurs temporaires de la République, et à ce titre, la meilleure des postures — morale, éthique et républicaine — doit nous incomber.
Le second élément qui m’interpelle et m’inquiète concerne certaines velléités de réformes institutionnelles envisagées par la voie parlementaire. Réformer peut être nécessaire. Mais réformer sans consolider la démocratie est un danger. Lorsque la loi devient un instrument au service d’intérêts de groupes ou de personnes, elle fragilise l’État de droit et ouvre la voie à des dérives graves, jusqu’à remettre en cause des acquis fondamentaux comme la limitation des mandats.
Je suis favorable à une réconciliation nationale sincère, fondée sur de larges concertations inclusives, capables de solder les contentieux politiques et de canaliser légitimement les ambitions. Mais le Parlement ne doit jamais devenir le lieu où l’on légifère pour satisfaire des intérêts particuliers, au risque de voir chaque majorité future emprunter la même pente et affaiblir durablement nos institutions.
Nous avons une responsabilité historique : rendre notre démocratie plus forte, plus performante et plus consensuelle, à travers des réformes véritablement consolidantes.
Le Sénégal mérite cette exigence.
Le Sénégal vaut tous les sacrifices.
Thierno Lo
Ancien ministre
Citoyen engagé pour la République
Mis en ligne par Buur Sine
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