Réforme du Code électoral : une bataille politique majeure autour de l’éligibilité au Sénégal

Dakar, 28 avril 2026 – Le débat politique sénégalais connaît une nouvelle intensité. Ce mardi matin, les députés de l’Assemblée nationale du Sénégal se réunissent en séance plénière pour examiner une proposition de loi controversée visant à modifier certaines dispositions du Code électoral, notamment les articles L.29 et L.30. Au cœur des discussions se trouve la question sensible de l’éligibilité des citoyens condamnés par la justice, avec en toile de fond l’avenir politique du Premier ministre Ousmane Sonko.

Les articles L.29 et L.30 du Code électoral sénégalais prévoient actuellement la radiation automatique des listes électorales de toute personne condamnée pour certaines infractions. Cette disposition entraîne non seulement la perte du droit de vote, mais également l’inéligibilité à toute élection, y compris la présidentielle. Parmi les infractions concernées figurent la diffamation ainsi que les délits commis par voie de presse ou de diffusion publique. Bien que ces infractions ne soient pas de nature violente, elles peuvent avoir des conséquences politiques considérables en empêchant certains acteurs de participer à la compétition électorale.

Le leader du Pastef, aujourd’hui à la tête du gouvernement, se retrouve directement concerné par cette réforme. Condamné dans une affaire de diffamation l’opposant à Mame Mbaye Niang, Ousmane Sonko avait été empêché de se présenter à l’élection présidentielle de 2024 en raison des dispositions actuelles du Code électoral. Cette situation a marqué durablement le paysage politique sénégalais et contribué à accentuer les tensions entre le pouvoir et l’opposition.

Le parti au pouvoir, Pastef, défend cette réforme comme une correction nécessaire de ce qu’il considère comme des injustices héritées de l’ère Macky Sall. Selon ses responsables, les règles actuelles entraînent des exclusions disproportionnées et ne correspondent pas aux standards démocratiques dans lesquels les délits de presse ne devraient pas automatiquement entraîner l’inéligibilité. L’objectif affiché est de rendre le système électoral plus équitable et plus inclusif, en permettant à un plus grand nombre de citoyens de participer à la vie politique.

En face, la Coalition Takku Wallu Sénégal et plusieurs acteurs de l’opposition dénoncent une réforme opportuniste. Ils estiment qu’il s’agit d’une loi conçue sur mesure pour répondre à une situation individuelle, en l’occurrence celle d’Ousmane Sonko. Pour ces opposants, modifier le Code électoral dans un tel contexte risque de fragiliser l’État de droit et de porter atteinte à la crédibilité des institutions. Ils voient dans cette initiative une tentative de sécuriser une candidature potentielle à l’élection présidentielle de 2029.

Le débat est rendu encore plus complexe par l’existence de la loi d’amnistie adoptée sous la présidence de Macky Sall. Le Pastef soutient que cette loi pourrait déjà permettre à Ousmane Sonko de recouvrer son éligibilité, même sans modification du Code électoral. Toutefois, cette interprétation ne fait pas consensus, certains juristes estimant que l’amnistie n’efface pas nécessairement toutes les conséquences électorales d’une condamnation, tandis que d’autres considèrent qu’elle rétablit pleinement les droits civiques.

Au-delà des aspects juridiques, cette réforme s’inscrit clairement dans une perspective politique liée à l’élection présidentielle de 2029. Ousmane Sonko avait d’ailleurs déclaré en 2025 que rien ni personne ne pourrait l’empêcher d’être candidat à cette échéance. Dans ce contexte, la modification des articles L.29 et L.30 pourrait lever définitivement les obstacles juridiques à une telle candidature et redessiner les équilibres politiques au Sénégal.

Cette situation met en lumière une tension profonde entre le droit et la politique. D’un côté, il existe une volonté de garantir des règles électorales plus justes et moins restrictives. De l’autre, subsiste le risque que les lois soient adaptées en fonction de circonstances politiques particulières. L’issue des débats à l’Assemblée nationale du Sénégal sera donc déterminante, non seulement pour l’avenir politique de certains leaders, mais aussi pour la confiance des citoyens dans le fonctionnement démocratique du pays.

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