Halte à la victoire de la courtisanerie sur l’expertise ! Par Mayacine Camara*

Économiste-statisticien et planificateur de son état, Mayacine Camara vient de faire une lecture lucide de la vague des limogeages et de nominations qui ont marqué, sans remonter si loin, l’administration sénégalaise. Pour lui, certaines promotions obéissent davantage à une simple volonté d’entretenir une clientèle politique qu’à celle de travailler pour être au service de nos populations. Une pratique qui, selon l’ancien ministre et ex-maire de Koungheul (Kaffrine), a la peau dure au Sénégal parce que traversant les trois (3) alternances démocratiques dont on se glorifie à tout-va.

Sur ce, il appelle à humaniser davantage le fait politique en promouvant les compétences sûres capables de relever les défis qui nous attendent. Pour M. Camara, la soif inextinguible du pouvoir et le désir de s’y maintenir ne doivent pas nous pousser à flirter avec les esprits étroits qui sont obnubilés par les prébendes et autres subsides. Il donne M. Babacar Ndiaye en valeureux modèle de vertu et de compétence connue et reconnue, qui vient d’être démis de son poste de DG de l’OGIS pour des raisons purement politiques.

In extenso.

Cher Babacar Ndiaye, ex-DG de l’OGIS,

Le bruit et la fureur qui entourent la lecture du communiqué du Conseil des ministres constituent sans doute le miroir le plus saisissant de notre sous-développement et de la précarité institutionnelle dans laquelle piétine encore et toujours notre République. En observant cette frénésie nationale pour un décret, on mesure à quel point ces nominations sont devenues les instruments privilégiés d’un vaste théâtre d’ombres.

Pour les politiciens véreux, ces fonctions de direction et de gestion ne sont que des pièges habilement façonnés, de la monnaie de singe distribuée pour acheter des consciences ou consolider des bastions. Elles ne restent convoitées que par ces trafiquants d’influence, habiles à détourner la richesse publique au profit exclusif de leur clan, de leur famille et d’une clientèle politique insensible à l’intérêt général.

Le drame réside dans ce grand malentendu où le récipiendaire oublie trop souvent qu’il n’a pas été choisi au nom d’une compétence de référence ou d’une haute vision de l’État, mais simplement parce qu’il s’est montré le plus prompt à rassembler deux pelés et trois tondus pour applaudir un puissant du jour. C’est la victoire de la courtisanerie sur l’expertise. Pire encore, l’institution qui nomme se laisse souvent enfermer dans une illusion d’optique, tandis que l’élu du jour, grisé par des pluies de félicitations hypocrites, finit par se prendre pour le messie qu’il n’a jamais été.

De Diouf à Diomaye, ce mal étatique se transfigure mais ne meurt jamais, prenant désormais une ampleur systémique. L’autorité semble chercher désespérément à être trompée, et les transhumants, fins connaisseurs de cette faiblesse humaine, lui offrent sur un plateau la comédie qu’elle réclame. À force de voir ce schéma se répéter à chaque alternance, la question devient existentielle. S’agit-il désormais d’un gène dominant dans notre culture politique ? A-t-on érigé la captation des ressources et la servitude volontaire en mode de gouvernance ultime ?

À toi, Babacar, ainsi qu’aux 87 autres qui ont refusé de chanter cette chanson héritée de pouvoir en pouvoir, il reste une certitude que personne ne pourra vous ravir. Vous avez, aujourd’hui, l’immense privilège de sortir de cette scène sous le timbre de la dignité, du devoir accompli et de la loyauté. En quittant l’OGIS, tu n’as rien perdu de ce qui fait la valeur véritable de l’homme public. La politique politicienne consume ceux qui s’y abandonnent, tandis que l’honneur survit aux décrets. Que cette épreuve soit la plus précieuse des leçons, car la vraie grandeur ne réside pas dans le titre qu’on reçoit, mais dans l’intégrité avec laquelle on le rend.

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