SNR : le pari de Papa Ibrahima Senghor sur les 1 000 milliards de FCFA de créances

La Société Nationale de Recouvrement (SNR) veut changer d’échelle. Avec un potentiel de créances estimé à près de 1 000 milliards de FCFA, le nouveau Directeur général, Papa Ibrahima Senghor, entend faire du recouvrement un véritable levier de mobilisation des ressources publiques et de transformation économique.

Créée en 1991, la Société Nationale de Recouvrement s’apprête à ouvrir une nouvelle page de son histoire. Plus de trois décennies après sa création, l’institution entend renforcer son rôle dans le recouvrement des créances publiques et dans l’assainissement du secteur financier sénégalais.

Depuis sa création, la SNR a permis de récupérer plus de 80 milliards de FCFA. Un bilan qui témoigne de l’importance de cette structure dans la mobilisation des ressources de l’État, mais qui laisse également apparaître l’ampleur du potentiel encore disponible.

C’est dans ce contexte que le nouveau Directeur général, Papa Ibrahima Senghor, veut imprimer une nouvelle dynamique. Son ambition est claire : moderniser la SNR, améliorer ses performances et surtout mieux exploiter le potentiel de créances dont dispose l’institution.

Le chiffre donne la mesure du défi : près de 1 000 milliards de FCFA de créances constituent le potentiel identifié. Un montant considérable, mais qui ne doit pas être assimilé à une somme immédiatement recouvrable. La direction générale entend d’abord procéder à un travail d’audit, de classification et de segmentation des dossiers afin de déterminer les créances réellement recouvrables et les stratégies adaptées à chaque situation.

Cette approche devrait permettre de sortir d’une logique uniforme du recouvrement pour privilégier une gestion plus ciblée des dossiers. Les créances présentant les meilleures perspectives pourront ainsi faire l’objet d’un traitement prioritaire, tandis que les dossiers plus complexes nécessiteront des procédures et des analyses spécifiques.

Derrière cette stratégie se trouve un enjeu plus large : celui de la mobilisation des ressources internes. Dans un contexte où le financement des politiques publiques et des investissements constitue un défi majeur, chaque créance effectivement récupérée représente une ressource supplémentaire susceptible de contribuer au financement de l’action publique.

La SNR veut également miser sur la transformation digitale. Le recours aux outils numériques doit permettre d’améliorer le suivi des créances, la gestion des dossiers, la traçabilité des opérations et l’exploitation des données. Pour la nouvelle direction, la modernisation technologique constitue un passage important pour rendre le processus de recouvrement plus efficace et plus performant.

Autre chantier : le patrimoine foncier de la société. La SNR dispose de 136 titres fonciers, dont la valorisation figure parmi les priorités affichées par la nouvelle direction. L’objectif est notamment de mieux connaître, sécuriser et évaluer ces actifs afin de déterminer les possibilités d’exploitation, de développement ou, lorsque cela est pertinent, de cession.

Cette politique de valorisation devrait permettre à la société de considérer son patrimoine non plus uniquement comme un ensemble de biens détenus, mais comme un portefeuille d’actifs pouvant participer à sa stratégie de développement.

La nouvelle direction compte également s’appuyer sur un Plan stratégique de développement 2027-2031, destiné à encadrer les différentes réformes envisagées. Ce plan doit notamment intégrer les questions liées au recouvrement, à la digitalisation, à la gestion des actifs, à la gouvernance et au renforcement des capacités de la société.

Sur le plan managérial, Papa Ibrahima Senghor affiche également une volonté de placer les ressources humaines au cœur de cette transformation. L’écoute, la responsabilisation, l’équité et l’obligation de résultats figurent parmi les principes mis en avant par le nouveau management.

Cette orientation intervient alors que la SNR a enregistré une progression de ses performances au cours des dernières années. Lors de la passation de service, l’ancienne direction avait fait état de plus de 7 milliards de FCFA de recouvrements entre juillet 2024 et août 2026, présentés comme un niveau particulièrement élevé au regard des performances antérieures.

La nouvelle équipe dirigeante entend désormais capitaliser sur cette dynamique et franchir un nouveau cap. L’objectif n’est plus seulement de maintenir les résultats enregistrés, mais d’améliorer durablement les capacités de recouvrement et de faire de la SNR un acteur encore plus important de la mobilisation des ressources publiques.

L’ambition est également régionale. Papa Ibrahima Senghor souhaite positionner la SNR comme une référence dans le domaine du recouvrement et de la gestion des actifs en difficulté dans l’espace UEMOA. Une perspective qui pourrait contribuer à renforcer l’expertise sénégalaise dans un secteur appelé à jouer un rôle croissant dans la gestion des finances publiques.

Mais le défi reste considérable. Entre les créances anciennes, les dossiers juridiquement complexes, les questions liées à la solvabilité des débiteurs et la nécessité de sécuriser les actifs, le potentiel annoncé ne se transformera pas automatiquement en ressources disponibles.

La réussite de cette nouvelle stratégie dépendra donc de la capacité de la SNR à identifier précisément les créances recouvrables, à renforcer ses outils, à accélérer ses procédures et à sécuriser juridiquement ses opérations.

En faisant du recouvrement, de la digitalisation, de la valorisation des actifs et de la performance les principaux axes de sa feuille de route, Papa Ibrahima Senghor entend ainsi repositionner la Société Nationale de Recouvrement.

Un chantier de longue haleine, mais dont les enjeux dépassent largement les seuls intérêts de l’institution. Car derrière les 1 000 milliards de FCFA de créances potentielles, c’est une partie importante des ressources financières du Sénégal qui est en jeu.

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