Méditation Coranique du Vendredi : IA et réseaux sociaux face à l’exigence coranique de vérification

Vendredi 9 octobre 2026

17 Rabīʿ al-Thānī 1448 H

IA et réseaux sociaux face à l’exigence coranique de vérification

Verset du jour : Sourate Al-Ḥujurāt (Les Appartements), 49:6

Le verset en arabe

يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا إِن جَاءَكُمْ فَاسِقٌ بِنَبَإٍ فَتَبَيَّنُوا أَن تُصِيبُوا قَوْمًا بِجَهَالَةٍ فَتُصْبِحُوا عَلَىٰ مَا فَعَلْتُمْ نَادِمِينَ

Traduction de travail

«Ô vous qui avez cru ! Si un pervers vous apporte une nouvelle, vérifiez-en l’exactitude, de peur que, par ignorance, vous ne portiez atteinte à des gens et que vous ne regrettiez ensuite ce que vous avez fait.»

 

I. Quatre regards exégétiques

1. Al-Ṭabarī : la vérification avant de tenir une nouvelle pour établie

Al-Ṭabarī insiste sur l’exigence de vérifier la nouvelle rapportée avant de lui donner des conséquences pratiques. L’enjeu est d’éviter qu’une information non établie conduise à une décision injuste. Le verset met ainsi en relation la qualité de l’information reçue et la responsabilité de celui qui agit sur sa base.

2. Fakhr al-Dīn al-Rāzī : les conséquences de la précipitation

Une lecture attentive du commentaire d’al-Rāzī conduit à souligner la portée rationnelle et morale de cette prescription. Une information incertaine ne saurait constituer, sans examen supplémentaire, un fondement suffisant pour juger autrui ou décider à son encontre. La précipitation peut transformer une erreur de connaissance en injustice concrète, puis en regret.

3. Ibn Kathīr : l’examen de la fiabilité de l’information

Ibn Kathīr rapporte le contexte traditionnel de la révélation associé à al-Walīd ibn ʿUqba et aux Banū al-Muṣṭaliq. Ce commentaire met en évidence le danger d’agir sur la base d’une nouvelle qui n’a pas été correctement vérifiée. La leçon dépasse le seul épisode rapporté : la transmission d’une information exige de la prudence lorsque sa fausseté éventuelle pourrait léser des personnes.

4. Ibn ʿĀshūr : la vérification comme exigence de la vie collective

La lecture d’Ibn ʿĀshūr permet de dégager la portée générale de cette prescription dans les relations humaines. Vérifier les nouvelles protège les individus contre les décisions précipitées et contribue à préserver la société des conflits, des accusations injustes et des dommages provoqués par une information mal établie.

II. Ma note de méditation

Nous vivons une époque où une information peut faire le tour du monde en quelques secondes, susciter des milliers de réactions et détruire une réputation avant même que sa véracité ait été examinée. Les réseaux sociaux amplifient ce phénomène, tandis que l’intelligence artificielle ouvre de nouvelles possibilités de produire des textes, des images, des voix et des vidéos capables de donner au faux l’apparence du vrai. Des spécialistes de l’intelligence artificielle et des personnalités scientifiques de premier plan ont exprimé leur inquiétude devant les risques de désinformation et la difficulté croissante de distinguer le vrai du faux. Cette inquiétude contemporaine rejoint une exigence que le Coran formulait déjà : ne pas confondre la réception d’une nouvelle avec l’établissement de sa vérité.

Une question mérite alors d’être posée aux musulmans eux-mêmes. Comment se fait-il que des croyants qui lisent ce verset, qu’ils considèrent comme la parole d’Allah, n’en tirent pas toujours les implications pratiques ? Pourquoi certains transmettent-ils des rumeurs, relaient-ils des accusations sans preuve, condamnent-ils des personnes sur la base d’informations douteuses ou persistent-ils dans leurs jugements malgré l’apparition d’éléments contradictoires ? La connaissance du verset ne suffit pas si elle ne transforme pas les comportements. La fidélité au Coran implique aussi de prendre au sérieux ses exigences dans les situations concrètes de la vie.

Le verset ne fournit pas un catalogue de procédures techniques pour vérifier chaque catégorie de nouvelles. Il fixe un principe et une orientation, tout en laissant au génie humain la responsabilité de rechercher, d’élaborer et d’améliorer les méthodes et les outils adaptés. La vérification doit être rationnelle, pertinente et proportionnée à la nature de l’information. Une nouvelle concernant la santé doit être examinée à la lumière des connaissances médicales et auprès de professionnels qualifiés ; une affirmation historique appelle l’examen des sources et des travaux spécialisés ; une information juridique exige de consulter les textes applicables et, lorsque cela est nécessaire, des personnes compétentes. Un partage massif, une vidéo convaincante ou la confiance accordée à celui qui parle ne constituent pas, à eux seuls, des preuves.

Mais que faire lorsque nous ne disposons pas des moyens nécessaires pour vérifier ? Le verset nous invite précisément à ne pas transformer notre ignorance en préjudice pour autrui. Si la vérification demeure impossible, il faut savoir suspendre son jugement, s’abstenir de relayer l’information et éviter toute action susceptible de léser une personne. Ne pas savoir n’est pas une faute en soi ; prétendre savoir sans fondement et agir sur cette prétention peut devenir une injustice.

C’est aussi une leçon fondamentale de vivre-ensemble. Une société ne peut durablement préserver la confiance entre ses membres si chacun se donne le droit de croire sans vérifier, d’accuser sans preuve et de condamner sans examen. La vérification n’est donc pas seulement une discipline intellectuelle : elle est une exigence éthique, une protection des personnes et une condition de la paix sociale.

Le Coran nous enseigne ainsi à assumer notre responsabilité dans la circulation de l’information. Nous sommes responsables non seulement de ce que nous faisons, mais aussi de la manière dont nous accueillons une nouvelle, dont nous l’évaluons et dont nous décidons de la transmettre.

En définitive, le tabayyun est bien davantage qu’une précaution : c’est une discipline de la vérité au service de la justice. Avant de croire, vérifions. Avant de transmettre, examinons. Et lorsque nous ne pouvons pas établir la vérité, ayons l’humilité de nous abstenir de juger et d’agir.

Ahmadou Makhtar Kanté
Imam et essayiste

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