Un vice célébré
Nous vivons dans un monde étrange, un monde ingrat, dominé par la turpitude, la tricherie, la trahison.
Le mot ingrat appartient à deux classes de mots : c’est un substantif et un adjectif qualificatif qui s’écrit avec une consonne finale muette.
Que les spécialistes de la langue me pardonnent mon ignorance, eux qui maîtrisent le français et savent habillement le manier.
Je leur laisse le soin d’utiliser les termes morphème et graphème pour une approche plus linguistique.
Si je me suis permis cette incursion dans les labyrinthes de la langue, c’est pour montrer, si besoin est, que l’ingrat cache son jeu et ne se montre pas au grand jour : il est retors et sournois, intrigant et combinard.
Tartuffe n’est qu’un personnage de théâtre : la Tartufferie, elle, est de nos jours un vice célébré.
L’ingrat se complaît froidement dans sa nature et son comportement vicieux.
À l’image d’un prestidigitateur habile, il est maître dans l’art de la dissimulation.
Souvent trahi par ses manigances, il se noie sans le vouloir dans un océan de contradictions que seuls les clairvoyants peuvent lucidement déceler.
L’ingrat est un amphibien ambigu qui, pour se couvrir d’un manteau de puissance illusoire, s’entoure de personnes à son image.
Votre fausse naïveté lui sert d’appât pour pêcher dans l’étendue de votre insouciance.
Il sait se camoufler et épouse, tel un caméléon, les couleurs multiples de la turpitude.
Haineux et mesquin, il trahit un engagement, un contrat, un pacte et vous laisse vous morfondre dans la solitude de votre déception.
L’honneur, la dignité, la parole donnée ne sont pour lui que des éléments abstraits appartenant à un champ lexical.
Pour échapper à ses intrigues, à ses tricheries, vous devez le rejoindre intelligemment dans sa duplicité, anticiper et vous adapter.
L’ingratitude est un métal qui ne résiste pas au temps ; elle finit toujours par révéler à son auteur que faible et fiable ont, malgré leur similitude phonétique, des sens opposés, et que le rêve peut, au réveil, se transformer en cauchemar.
Ababucar Gueye, citoyen universel
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