Burkina Faso : une semaine de mises en scène sécuritaires qui inquiètent
Pendant près d’une semaine, le Burkina Faso a vécu au rythme d’un feuilleton politico-sécuritaire savamment orchestré par les autorités. Depuis le 6 janvier, la Radiodiffusion Télévision du Burkina (RTB) a diffusé chaque soir, lors de son journal télévisé de 20 heures, des images d’officiers des forces de défense et de sécurité ainsi que de civils accusés d’avoir tenté de renverser le pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré.
Présentés comme des « auteurs et complices d’une tentative de déstabilisation », les suspects apparaissent à l’écran parfois en tenue militaire, parfois en civil, entourés d’éléments des forces de sécurité. Cette exposition médiatique répétée, inédite par son ampleur, a immédiatement suscité de nombreuses réactions dans l’opinion publique.
Une communication sécuritaire assumée
Pour les autorités, cette diffusion s’inscrit dans une stratégie de communication visant à rassurer la population et à démontrer la vigilance des services de sécurité face aux menaces internes. Dans un contexte marqué par l’insécurité persistante et les défis liés à la lutte contre les groupes armés, le pouvoir militaire cherche à afficher sa fermeté et son contrôle de la situation.
Cette mise en scène télévisée apparaît également comme un message dissuasif adressé à d’éventuels opposants ou à toute tentative de contestation du régime en place.
Des inquiétudes sur le respect des droits fondamentaux
Cependant, cette exposition publique frontale des suspects soulève de sérieuses inquiétudes chez les opposants politiques, les avocats et les défenseurs des droits humains. Plusieurs voix dénoncent une atteinte au principe fondamental de la présomption d’innocence, rappelant que les personnes présentées à la télévision n’ont pas encore été jugées par une juridiction compétente.
Des organisations de la société civile redoutent également que cette pratique n’installe un climat de peur et d’autocensure, où toute critique du pouvoir pourrait être assimilée à une menace contre la sécurité de l’État.
Un climat politique sous tension
Depuis l’arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré à la suite du coup d’État de septembre 2022, le Burkina Faso traverse une période de fortes tensions politiques et institutionnelles. La transition militaire, initialement présentée comme une réponse à la crise sécuritaire, fait face à des attentes élevées mais aussi à des critiques croissantes sur la gouvernance et les libertés publiques.
La diffusion répétée de ces images s’inscrit dans ce contexte délicat, où la frontière entre impératifs sécuritaires et respect des droits civiques apparaît de plus en plus fragile.
Entre démonstration de force et risques de dérive
Si cette séquence médiatique renforce l’image d’un pouvoir déterminé à neutraliser toute tentative de déstabilisation, elle pose aussi la question des dérives possibles d’une justice médiatisée. Pour de nombreux observateurs, la lutte contre les menaces internes ne saurait se faire au détriment des garanties judiciaires et des libertés fondamentales.
Alors que l’affaire continue de susciter débats et inquiétudes, une question demeure centrale : jusqu’où le pouvoir burkinabè est-il prêt à aller pour affirmer son autorité sans fragiliser davantage la cohésion nationale et l’État de droit ?
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