École sous surveillance : quand la réponse sécuritaire remplace la réponse éducative
Le récent communiqué du Ministère de l’Éducation nationale, signé par Daouda Gueye, Directeur de la Formation et de la Communication, marque un tournant préoccupant dans la gestion des tensions en milieu scolaire.
Face aux actes de violence perpétrés par certains élèves dans des établissements de Dakar-Plateau, la réaction officielle est sans ambiguïté : sanctions lourdes, exclusions définitives, radiation des listes d’examens, traduction en justice, déploiement des forces de l’ordre.
La violence doit être condamnée. Elle est inacceptable.
Mais la réponse peut-elle être uniquement sécuritaire ?
L’école n’est pas un commissariat.
Elle est un espace d’apprentissage, de dialogue, de construction citoyenne.
Ce communiqué donne le sentiment que l’on traite les conséquences sans interroger les causes.
Pourquoi ces élèves en arrivent-ils là ?
Quel est le climat scolaire réel ?
Existe-t-il des canaux d’expression pour leurs frustrations ?
Où sont les dispositifs de médiation ?
À aucun moment le texte ne mentionne une mission d’écoute, un cadre de dialogue, une démarche de prévention durable.
La fermeté est nécessaire. Mais elle ne suffit pas.
Judiciariser massivement des élèves, parfois mineurs, peut produire l’effet inverse : exclusion sociale, radicalisation des frustrations, rupture définitive avec l’institution scolaire.
L’éducation doit rester fidèle à sa mission première : former, encadrer, redresser si nécessaire, mais toujours éduquer.
Si nous transformons chaque crise scolaire en problème d’ordre public, nous risquons de déplacer le cœur du débat.
L’enjeu n’est pas seulement de sécuriser les murs des écoles, mais de restaurer la confiance à l’intérieur.
La stabilité durable ne naît pas de la peur.
Elle naît de l’écoute, de la justice équilibrée et du respect mutuel.
L’école sénégalaise mérite mieux qu’une gestion exclusivement répressive.
Elle mérite une vision.
Soreu Malick Diop, citoyen engagé pour le Sénégal
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