Lettre ouverte aux magistrats et à l’ensemble du corps judiciaire : Quand la justice vacille, la République est en danger
Par Antigone Diop
Coordinatrice
Rappel à l’Ordre
Magistrats du Sénégal,
Acteurs et garants de la Justice de notre République,
L’heure est grave. Elle appelle à la lucidité, au courage et à la responsabilité historique de celles et ceux qui incarnent le dernier rempart de l’État de droit dans notre pays.
Lorsqu’un pays entre dans une crise de la justice, ce n’est jamais une crise ordinaire. C’est une fracture profonde, annonciatrice du désordre et de l’arbitraire. Là où la justice vacille, l’ordre républicain recule. La loi cesse d’être la boussole commune, et la force menace de se substituer au droit. Une nation sans justice indépendante n’est plus qu’un espace livré à l’instabilité et à la loi du plus fort.
Aujourd’hui, le gouvernement engage une réforme qui, loin de renforcer l’institution judiciaire, semble en fragiliser les fondements, l’indépendance et la dignité. Une telle réforme, imposée sans consensus et sans garanties claires, porte en elle le risque d’une mise sous tutelle de la magistrature et d’un déséquilibre grave de nos institutions. Elle ne doit pas passer.
La magistrature sénégalaise est en train d’être humiliée.
Humiliée lorsque son rôle constitutionnel est minimisé.
Humiliée lorsque son indépendance est remise en cause, suspectée ou contournée.
Humiliée lorsque des décisions politiques prennent le pas sur les principes juridiques fondamentaux.
Or, une magistrature affaiblie, c’est une démocratie affaiblie. Et une démocratie affaiblie expose chaque citoyen à l’arbitraire.
Face à une telle situation, le silence ne peut plus être une option. Il faut dire non.
Non à toute réforme imposée sans dialogue réel et sans consensus.
Non à toute atteinte à l’indépendance de la justice.
Non à toute tentative de soumettre les institutions à des intérêts politiques conjoncturels, quels qu’en soient les auteurs ou les bénéficiaires.
Il faut faire face. Avec calme, mais avec fermeté.
Faire face par le droit, et seulement par le droit.
Faire face en saisissant les institutions compétentes, en activant tous les mécanismes légaux et constitutionnels disponibles. Car lorsque les institutions cèdent, il ne reste plus rien pour protéger le citoyen.
Le Conseil constitutionnel doit être protégé. Il n’est ni un obstacle ni un adversaire du pouvoir politique. Il est un pilier fondamental de la République, au service exclusif de la Constitution. Il n’est pas au-dessus du peuple, mais au service de la loi fondamentale qui exprime la souveraineté nationale.
L’histoire récente du Sénégal en apporte la preuve : le Conseil constitutionnel a déjà su faire face au pouvoir exécutif. Il a fait face à Abdoulaye Wade. Il a fait face à Macky Sall sur la question du mandat. Il doit pouvoir faire face, aujourd’hui comme demain, à Ousmane Sonko ou à tout autre acteur politique. C’est là sa mission républicaine, et c’est à ce prix que la démocratie survit.
Chercher à affaiblir, contourner ou effacer le Conseil constitutionnel parce que ses décisions dérangent serait une faute historique aux conséquences incalculables. Ce projet ne doit pas passer.
Le Sénégal compte des magistrats dignes, des femmes et des hommes qui ont prêté serment, non pour plaire ni pour obéir, mais pour dire le droit, quels que soient la pression, l’influence ou le rapport de force politique du moment. C’est à cette justice-là que la Nation s’adresse aujourd’hui.
Magistrats du Sénégal, l’Histoire vous regarde.
Votre responsabilité dépasse les carrières individuelles et les contingences politiques. Elle engage l’avenir de la justice, de la démocratie et de la République elle-même.
Refuser l’inacceptable aujourd’hui,
c’est protéger la Nation demain.
Mis en ligne par Buur Sine
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