Lettre ouverte : les 10 questions du Collectif « Rappel à l’Ordre » au président Bassirou Diomaye Faye

Monsieur le Président de la République,

À l’orée de cette nouvelle année, le Collectif citoyen «Rappel à l’Ordre» vous adresse, ainsi qu’à l’ensemble du peuple sénégalais, ses vœux de paix, de santé, de justice et de prospérité. Nous formulons le souhait que cette année nouvelle soit placée sous le signe du dialogue sincère, de la cohésion nationale, du respect des droits humains et du renforcement effectif de l’État de droit.

Monsieur le Président,

C’est en notre qualité de citoyens engagés, et au nom de l’intérêt général, que nous vous adressons publiquement cette lettre ouverte. Elle se veut une interpellation responsable mais ferme, face aux nombreuses promesses faites à la nation et dont la concrétisation tarde à se matérialiser.

Vous avez affirmé votre volonté de gouverner dans la transparence, la justice sociale et la rupture avec les pratiques du passé. Aujourd’hui, une question centrale s’impose : qu’attendez-vous pour traduire ces engagements en actes concrets et visibles pour les Sénégalais ?

Justice et libertés fondamentales

La justice, pilier constitutionnel, ne peut être instrumentalisée à des fins politiques. Pourtant, la persistance de détenus qualifiés de politiques, les arrestations arbitraires, les longues détentions préventives et la lenteur excessive des procédures judiciaires alimentent un profond sentiment d’injustice.

Pourquoi ces pratiques perdurent-elles malgré les promesses de réforme ?
Quand les citoyens verront-ils une rupture réelle dans la gouvernance judiciaire ?

Nous demeurons également préoccupés par la situation de détenus dont l’état de santé est incompatible avec l’incarcération, notamment Mabinetou Diaby, Farba Ngom et Maodo Malick Mbaye.
Monsieur le Président, l’humanité et le droit à la santé peuvent-ils continuer à être sacrifiés ?
Nous demandons des mesures de clémence ou de liberté provisoire sous surveillance, conformément aux principes humanitaires et au droit.

Vérité et justice pour les 87 victimes (2021–2024)

Monsieur le Président, la nation ne peut avancer sans vérité ni justice sur les 87 morts enregistrés lors des événements tragiques de 2021 à 2024.
Ces vies ne peuvent être effacées par des artifices juridiques.

C’est pourquoi nous exigeons l’abrogation totale et sans condition de la loi d’amnistie, afin que les responsables de ces crimes soient traduits devant la justice.
Les 87 doivent être jugés.
Aucune réconciliation durable ne peut se construire sur l’impunité, l’oubli ou le déni de responsabilité.

Pétrole et générations futures : où en sont les 10 % ?

Vous avez annoncé que 10 % des revenus pétroliers seraient réservés aux générations futures.
Aujourd’hui, les citoyens s’interrogent :
Où en est concrètement ce fonds ?
•Quel est son cadre juridique et institutionnel ?
•Quels montants ont déjà été provisionnés ?
•Qui gère ces ressources et sous quel contrôle ?

Monsieur le Président, nous exigeons des éclaircissements clairs, publics et documentés sur cette promesse majeure, car les ressources naturelles appartiennent au peuple sénégalais, présent et futur.

Licenciements abusifs et violations du Code du travail

Le Collectif vous interpelle également sur la multiplication des licenciements abusifs opérés par certains directeurs et responsables d’entreprises publiques et parapubliques, sous couvert de motifs économiques.

Dans de nombreux cas, ces licenciements sont suivis par le remplacement des travailleurs par des militants politiques ou des membres de leurs familles, en violation flagrante des articles L64 et L65 du Code du travail.

Que fait l’État pour mettre fin à ces pratiques injustes et illégales ?
Quand les droits des travailleurs seront-ils réellement protégés, sans discrimination politique ?

Marchands ambulants : déguerpissements sans solutions

Nous dénonçons également le déguerpissement des marchands ambulants, souvent sans aucune solution de recasement, alors que nombre d’entre eux vivent exclusivement de cette activité.

Il est inacceptable que des citoyens qui se battent quotidiennement pour survivre, souvent au nom du don de soi pour la patrie soient traités avec mépris.

Où sont les politiques de recasement promises ?
Comment justifier ces expulsions sans alternatives économiques viables ?

FMI et Sénégal : une relation sous tension

Enfin, l’absence actuelle d’un accord formel entre le Sénégal et le FMI suscite de légitimes inquiétudes. Cette situation traduit une tension entre les deux parties, avec des conséquences potentielles sur l’économie nationale et le pouvoir d’achat des populations.

Monsieur le Président, quelles sont les véritables raisons de cette impasse ?
Quelle est votre stratégie pour préserver la souveraineté économique du pays tout en protégeant les populations les plus vulnérables ?

Réformes judiciaires et féminicides

Nous réitérons notre exigence de la mise en œuvre immédiate des réformes issues des assises de la justice, notamment l’opérationnalisation effective du Juge des libertés.

Par ailleurs, face à la montée alarmante des féminicides 18 femmes tuées en 2025 nous exigeons une réponse judiciaire ferme, cohérente et exemplaire. La protection des femmes doit devenir une priorité nationale absolue, au-delà des discours.

Monsieur le Président,

Cette lettre n’est ni une attaque ni une posture politique. Elle est l’expression d’une attente populaire forte et légitime, les inquiétudes se la société civile que nous sommes. Les Sénégalais demandent simplement que les promesses faites soient tenues, que la justice soit rendue et que l’État joue pleinement son rôle.

Il n’y aura ni réconciliation véritable, ni stabilité durable sans vérité, sans justice et sans responsabilité.

Nous attendons des actes.

Veuillez agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre haute considération républicaine.

Fait à Dakar, le 31 décembre 2025

Le Collectif «Rappel à l’Ordre»
Mail: rappelalordreofficiel@gmail.com
Téléphone : 710125050

Contre l’oubli et l’impunité

Mis en ligne par Buur Sine

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