WAX I PICC : Protection des oiseaux en cage ou quand l’État donne priorité au symbolique sur l’essentiel

Dans une tribune libre, Soreu Malick Diop, instituteur et citoyen engagé, interpelle le ministre de l’Intérieur sur le « décalage » entre les priorités affichées et les urgences vécues par les Sénégalais au quotidien. Alors qu’une opération policière est lancée contre la détention abusive d’oiseaux, l’auteur questionne la cohérence et le sens des actions de l’État face aux problèmes de sécurité, d’incivisme et de bien-être collectif.

Voici sa tribune :

« La Police nationale a lancé, « sur instruction ferme du Ministre de l’Intérieur », une vaste opération contre « la mise en cage abusive des oiseaux », une pratique qualifiée d’« acte de cruauté » et d’« exploitation mercantile illicite ».

À la lecture de cette annonce, un sentiment de profond décalage nous saisit. Non pas que la protection animale soit un sujet mineur, mais parce qu’elle semble, ici, servir de prétexte à une démonstration d’autorité détachée des urgences qui minent notre quotidien.

Pathétique, oserons-nous dire ?
Pathétique, car dans le même temps, nos marchés regorgent de volailles entassées dans des cages exigües, vendues sans que personne n’y trouve à redire.
Pathétique, car dans nos parcs et réserves, lions, singes et autres animaux vivent une captivité éternelle, sans que cela ne mobilise les forces de l’ordre.
Où est la cohérence ? Faut-il comprendre que la sensibilité du ministère ne s’éveille qu’aux oiseaux liés à des « rituels mystiques » ou vendus « à la sauvette » ? La cruauté aurait-elle des degrés acceptables selon qu’elle est ancestrale, commerciale… ou simplement invisible ?

Et le bien-être des populations, ministre ?
Cette opération, aussi médiatique soit-elle, sonne comme un coup d’épée dans l’eau face à la marée des problèmes qui menacent notre sécurité et notre tranquillité quotidienne.
Où sont les « instructions fermes » pour lutter contre l’occupation anarchique de nos trottoirs, qui transforme les piétons, notamment les personnes âgées et handicapées, en équilibristes contraints de descendre sur la chaussée ?
Où est la « vaste opération » contre l’excès de vitesse, ce fléau qui décime nos familles sur les routes chaque semaine ?
Où est la détermination à en finir avec l’incivisme généralisé, ces nuisances qui polluent nos rues, nos stades et nos garages, et érodent le lien social ?
Où est le contrôle routier sérieux et continu, au-delà des barrages ponctuels souvent perçus comme de simples points de collecte ?
En somme, où est la priorité donnée au bien-être sécuritaire des populations ?

En choisissant de mobiliser les forces de l’ordre sur un sujet aussi spécifique et marginal dans l’échelle des préoccupations citoyennes, le ministère donne l’impression de « faire quelque chose » pour masquer son incapacité à régler les problèmes de fond. C’est une stratégie politique ancienne : créer l’illusion de l’action en s’attaquant à une cible visible mais peu risquée, pendant que les vraies crises poursuivent leur œuvre.

Nous ne nous opposons pas à une réglementation sur le bien-être animal. Mais celle-ci, pour être crédible, doit être globale, cohérente et surtout, ne pas se faire au détriment des missions régaliennes fondamentales.

La légitimité de l’État ne se construit pas sur des opérations coup de poing contre des marchands d’oiseaux. Elle se construit jour après jour par une présence tangible, efficace et juste sur les terrains où la vie, la sécurité et la dignité des citoyens sont en jeu.

Nous demandons au ministre de l’Intérieur de recentrer ses services sur leurs missions essentielles.
Qu’il libère nos trottoirs avant de s’émouvoir des cages.
Qu’il pacifie nos routes avant de s’occuper du sort des oiseaux.
Qu’il restaure le civisme avant de réglementer les rituels.

Le peuple aspire à un État protecteur, pas à un État symbolique. L’heure est à l’action utile, au travail de fond, à la priorisation intelligente. Le reste n’est que spectacle. Un spectacle, il faut bien l’avouer, pathétique.

Soreu Malick Diop, Instituteur
Citoyen engagé pour le Sénégal »

Mis en ligne par Buur Sine 

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