Air Sénégal : dettes énormes, flotte réduite et lignes suspendues dès le 1er mai

Alors que le pays s’apprête à accueillir les Jeux Olympiques de la Jeunesse en octobre 2026, Air Sénégal traverse une grosse crise. La compagnie nationale se trouve aujourd’hui dans l’obligation de revoir complètement ses ambitions à la baisse. Selon L’Obs, l’endettement constitue le premier facteur. Lors de la prise de fonction de l’équipe dirigeante actuelle en août 2024, le diagnostic était déjà alarmant avec une dette globale de 118 milliards de Fcfa, décomposée en 52 milliards dus à des partenaires privés et 66 milliards contractés auprès de structures publiques. Mais loin de s’apaiser, la situation s’est encore dégradée, la dette envers LAS, l’AIBD SA et l’ANACIM atteignant aujourd’hui 94 milliards de FCFA.

À cela s’ajoutent, selon le journal, des pertes cumulées vertigineuses de 139 à 149 milliards de FCFA pour les seuls exercices 2022 et 2023. Les fonds propres de la compagnie affichent un solde négatif de 137 milliards de FCFA. Pour tenter de sortir de cette ornière, l’État avait prévu dans le projet de loi de finances 2026 une enveloppe de 66 milliards de FCFA destinée à l’achat de deux nouveaux avions. Mais ces fonds, dont le déblocage traîne, sont aujourd’hui bloqués et ne permettent pas de résoudre l’urgence.

Avec une flotte réduite au strict minimum, la moindre panne ou difficulté technique devient une catastrophe. Air Sénégal dispose actuellement de seulement trois avions en service, tous loués, sans aucune marge de manœuvre en cas d’aléa. Un constat que les dirigeants ne cachent plus, reconnaissant que lorsqu’un seul appareil est immobilisé, c’est toute la toile régionale qui se déchire et que la ligne vitale vers Paris se retrouve clouée au sol. Pour tenter de contenir des coûts devenus intenables, la compagnie a décidé de passer à deux Boeing 737 en mode Acmi, une formule de location comprenant l’aéronef, l’équipage, la maintenance et l’assurance. Sur la liaison Paris-Dakar, Air Sénégal a déjà réduit sa voilure en remplaçant ses Airbus A330-900neo à plus haute capacité par un Boeing 737-800 exploité dans le cadre de cet accord. Cette décision, si elle permet de limiter la casse à court terme, n’en demeure pas moins un recul stratégique. Par ailleurs, la flotte étant réduite au terme d’un mode de gestion externalisé, plusieurs lignes au départ de l’aéroport Blaise Diagne de Dakar doivent être suspendues à compter du 1er mai.

Le kérosène est l’autre facteur d’asphyxie, pesant chaque mois pour près de deux milliards de Fcfa sur les comptes de la compagnie. Face à cette facture salée, Air Sénégal lance un appel à l’État et à la SAR, la Société africaine de raffinage, pour obtenir un tarif préférentiel sur le Jet A1. Cette mesure, si elle était acceptée, allégerait un peu la pression mais ne résoudrait pas les problèmes de fond. Pour assurer la continuité sur les long-courriers, la compagnie a dû activer un plan B sur l’axe Paris-Dakar afin d’éviter toute rupture de service.

La direction générale essaie coûte que coûte de garder le cap. Elle rappelle que des efforts ont été accomplis, avec une réduction du déficit de 24 % entre 2024 et 2025 et une baisse des charges d’exploitation de 11,5 %. Les salaires des employés continuent d’être payés sans recours à l’État.

Avec Walfnet

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