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Méditation coranique du vendredi : Le respect de ce qui est dû à autrui : une exigence de foi, de justice et de responsabilité

Vendredi 16 octobre 2026 — 5 Jumādā al-Ūlā 1448 H

Le respect de ce qui est dû à autrui : une exigence de foi, de justice et de responsabilité

Le verset du jour

Sourate An-Nisāʾ (Les Femmes), verset 58

إِنَّ اللَّهَ يَأْمُرُكُمْ أَنْ تُؤَدُّوا الْأَمَانَاتِ إِلَىٰ أَهْلِهَا وَإِذَا حَكَمْتُمْ بَيْنَ النَّاسِ أَنْ تَحْكُمُوا بِالْعَدْلِ ۚ إِنَّ اللَّهَ نِعِمَّا يَعِظُكُمْ بِهِ ۗ إِنَّ اللَّهَ كَانَ سَمِيعًا بَصِيرًا

Traduction française :

« Certes, Allah vous commande de restituer les dépôts à leurs ayants droit et, lorsque vous jugez entre les gens, de juger avec justice. Quelle excellente exhortation Allah vous adresse ! Allah est certes Celui qui entend tout et qui voit tout. »

Quatre regards exégétiques

1. Al-Ṭabarī : restituer les droits et exercer l’autorité avec justice

Dans son Jāmiʿ al-bayān, al-Ṭabarī rapporte plusieurs interprétations relatives à la portée de ce commandement. Certaines traditions mettent l’accent sur les responsabilités des détenteurs de l’autorité, tandis que d’autres donnent à la restitution des dépôts une portée générale.

Le verset concerne ainsi aussi bien les relations entre les individus que l’exercice des responsabilités collectives. Celui qui détient une autorité doit respecter les droits de ceux dont il a la charge et ne pas détourner à son profit ce qui lui a été confié.

Le rapprochement entre la restitution des dépôts et le jugement équitable est significatif : l’autorité n’autorise jamais à se soustraire aux obligations de justice. Au contraire, plus la responsabilité est importante, plus le respect des droits devient essentiel.

2. Fakhr al-Dīn al-Rāzī : une amāna qui dépasse les biens matériels

Dans ses Mafātīḥ al-ghayb, al-Rāzī examine la portée du commandement divin et son application aux obligations religieuses, aux affaires de la vie présente et aux relations entre les personnes.

L’amāna ne désigne donc pas seulement un objet que l’on garde momentanément pour autrui. Elle renvoie à ce qui est confié à une personne et dont elle doit assurer la préservation, l’accomplissement ou la restitution conformément au droit.

Cette lecture nous conduit à considérer les responsabilités elles-mêmes comme des dépôts : une fonction, un engagement ou un devoir envers autrui peuvent devenir des amānāt dont nous devons répondre.

Une personne peut ainsi manquer à la confiance sans avoir détourné le moindre bien matériel, simplement en négligeant délibérément une obligation dont elle connaît l’existence.

3. Ibn Kathīr : les droits d’Allah et les droits des êtres humains

Dans son commentaire, Ibn Kathīr distingue notamment les obligations envers Allah et les obligations envers les êtres humains.

Les premières comprennent les devoirs religieux, tels que la prière, l’aumône légale et le jeûne. Les secondes comprennent les dépôts, les biens et les autres droits que les personnes doivent respecter mutuellement.

Le commandement possède une portée générale : il ne se limite pas à une circonstance particulière de révélation. La fidélité consiste à rendre à chacun ce qui lui revient, sans que la conduite injuste d’autrui puisse servir de justification à sa propre trahison.

Cette interprétation rappelle une vérité fondamentale : l’accomplissement des actes cultuels ne dispense jamais du respect des droits humains. La piété et la probité doivent se manifester ensemble.

4. Ibn ʿĀshūr : une exigence fondamentale pour la vie collective

Dans Al-Taḥrīr wa-l-tanwīr, Ibn ʿĀshūr souligne la portée générale du pluriel al-amānāt. Celui-ci englobe les dépôts et les responsabilités qui doivent être assumés conformément aux droits de leurs titulaires.

Le verset associe la restitution des dépôts à la justice dans le jugement. Il met ainsi en évidence deux exigences complémentaires : respecter les droits dans les relations entre les personnes et garantir la justice dans les décisions qui les concernent.

Cette lecture fait ressortir la dimension sociale et politique du commandement. Une société juste ne peut reposer uniquement sur les bonnes intentions de ses membres : elle a besoin de responsables qui assument leurs obligations, d’engagements respectés et de droits effectivement protégés.

L’amāna apparaît ainsi comme une condition essentielle de la confiance entre les individus et du bon fonctionnement des institutions.

Ma note de méditation

Allah nous adresse, dans ce verset de la sourate An-Nisāʾ, un commandement d’une portée considérable : restituer les dépôts à leurs ayants droit et juger entre les gens avec justice.

Il ne s’agit pas d’une simple recommandation morale, mais d’un ordre divin explicite. La formule coranique inna Allāha yaʾmurukum — « Certes, Allah vous commande » — ne laisse guère de place à l’idée que la restitution des droits serait une exigence secondaire de la vie religieuse.

Le terme al-amānāt, pluriel de al-amāna, nous invite à comprendre que la confiance revêt plusieurs formes. Elle concerne les biens matériels confiés à une personne, mais aussi les responsabilités qui lui incombent envers autrui.

Ainsi, la responsabilité parentale est une amāna : les parents sont tenus de prendre soin de leurs enfants, de veiller à leur protection et de leur assurer une éducation appropriée. L’employeur qui doit payer les salaires de ses travailleurs est tenu de leur restituer ce qui leur revient. Celui qui a contracté une dette doit s’acquitter de son engagement selon les conditions convenues. Celui qui détient un bien pour le compte d’autrui doit le préserver et le rendre à son propriétaire légitime.

De même, une fonction publique, une responsabilité politique, une mission professionnelle, une parole donnée ou une information confidentielle peuvent constituer des amānāt. Celui qui exerce une autorité ne doit pas la considérer comme une propriété personnelle, mais comme une charge dont il doit répondre.

La confiance ne se limite donc pas à ne pas voler : elle consiste aussi à ne pas priver autrui de ce qui lui est dû.

Cette dimension mérite d’être particulièrement soulignée. Allah n’a pas commandé aux musulmans uniquement des actes cultuels tels que la prière, le jeûne ou l’aumône légale. Il leur a également prescrit le respect des droits, la fidélité aux engagements, la restitution des biens et l’exercice de la justice.

Or, nous constatons aujourd’hui que cet aspect de la vie religieuse est parfois gravement négligé. Dans la gouvernance de certains pays à majorité musulmane, les responsabilités publiques peuvent être exercées au détriment de l’intérêt général, tandis que des ressources destinées à la collectivité sont détournées ou mal administrées. Dans les relations interpersonnelles également, des dettes ne sont pas remboursées, des salaires ne sont pas versés à temps ou ne le sont pas intégralement, des engagements ne sont pas honorés et des responsabilités familiales sont délaissées.

Il ne s’agit pas de condamner indistinctement les musulmans, mais de rappeler une contradiction qui mérite un examen de conscience : comment peut-on se montrer attentif aux rites religieux tout en négligeant les droits qu’Allah nous ordonne de respecter ?

La fidélité à Allah ne saurait être séparée de la fidélité aux obligations que nous avons envers Ses créatures. La piété ne se mesure donc pas seulement à ce que nous accomplissons dans nos lieux de culte, mais aussi à la manière dont nous traitons ceux qui dépendent de nous, ceux qui travaillent pour nous, ceux qui nous font confiance et ceux dont nous avons la charge.

Le contraire de l’amāna est la khiyāna, la trahison. Allah nous met précisément en garde contre elle dans la sourate Al-Anfāl :

« Ô vous qui croyez ! Ne trahissez pas Allah et le Messager, et ne trahissez pas sciemment les dépôts qui vous sont confiés. » (Coran, 8:27)

L’expression wa-antum taʿlamūn — « alors que vous savez » — mérite notre attention. Elle souligne la gravité d’une trahison commise en connaissance de cause : nous savons que nous avons une obligation, nous savons que le droit appartient à autrui, et pourtant nous choisissons de ne pas nous en acquitter. La connaissance de l’obligation rend alors notre responsabilité plus manifeste.

La khiyāna ne se réduit pas au détournement d’un dépôt matériel. Elle peut prendre la forme d’un engagement sciemment violé, d’un droit retenu injustement, d’une responsabilité abandonnée ou d’une autorité utilisée à des fins personnelles. Elle peut également consister à dissimuler une vérité lorsqu’une personne a légitimement besoin de la connaître.

À l’inverse, les prophètes — paix sur eux — nous offrent des exemples remarquables de cette vertu cardinale qu’est l’amāna.

Joseph, paix sur lui, demande à être chargé des réserves du pays en déclarant : « Je suis un gardien vigilant et un connaisseur » (ḥafīẓun ʿalīm, Coran, 12:55). Il associe ainsi la préservation de ce qui lui est confié à la compétence nécessaire pour bien administrer les ressources. La confiance ne dispense pas de la compétence, et la compétence ne dispense pas de la probité.

Moïse, paix sur lui, est reconnu par l’une des deux femmes qu’il a rencontrées à Madyan comme un homme digne d’être engagé : « Le meilleur que tu puisses engager est celui qui est fort et digne de confiance » (al-qawiyyu al-amīn, Coran, 28:26). La force et l’amāna sont ici réunies : il faut pouvoir accomplir une tâche, mais aussi être digne de confiance dans son exécution.

Quant au Prophète Muhammad ﷺ, sa réputation de fidélité et de loyauté était connue avant même le début de sa mission prophétique. Selon le récit traditionnel de son émigration, il confia à ʿAlī ibn Abī Ṭālib la tâche de restituer les dépôts que des habitants de La Mecque lui avaient confiés, avant de le rejoindre. Ce récit illustre une exigence remarquable : même dans un contexte de persécution et de rupture, les droits des personnes devaient être respectés. La trahison subie ne justifie pas la trahison en retour.

Ces exemples nous rappellent que l’amāna n’est pas une vertu accessoire dans la vie des prophètes. Elle exprime leur fidélité à Allah et leur souci de respecter les droits de ceux avec lesquels ils sont en relation.

Revenons donc à notre propre vie. Sommes-nous fidèles aux responsabilités familiales qui nous incombent ? Payons-nous intégralement et à temps ceux qui travaillent pour nous ? Remboursons-nous nos dettes ? Respectons-nous les engagements pris ? Et ceux qui exercent une responsabilité publique administrent-ils les biens collectifs comme un dépôt dont ils devront rendre compte ?

La méditation de ce verset nous invite à ne pas opposer la dévotion à Allah et la justice envers les êtres humains. L’une ne saurait servir de prétexte à la négligence de l’autre.

L’amāna est une épreuve de notre foi : elle révèle ce que nous faisons de la confiance que l’on nous accorde et des droits qui dépendent de nous.

Puisse Allah faire de nous des personnes dignes de confiance, fidèles à nos engagements, attentives aux droits d’autrui et justes dans l’exercice de nos responsabilités.

Ahmadou Makhtar Kanté
Imam et essayiste

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