Hommage à Papa Youssou NDOYE
Adieu Jaaraf !Adieu Mbokkou ! Par Ibrahima NGOM Damel
Jeudi noir. Triste nouvelle. L’annonce du voyage vers l’autre rive du Jaaraf Papa Youssou Ndoye me chagrine profondément. Je reste si estomaqué et je ressens une part de mon ipséité me quitter. Tant le défunt dignitaire lébou comptait beaucoup pour moi. La Communauté léboue dans son entièreté a perdu, le peuple Sénégalais a perdu et moi, personnellement, j’ai perdu. Pardi ! « Que la mort est belle ! », clame l’autre. Moi, je réalise, du reste, qu’elle est la seule vérité; « Elle seule est certaine ! »
Le départ de cette autorité marquante et inspirante du Sénégal et de l’Afrique a aussi cet avantage de nous rafraîchir la mémoire, notre mémoire d’homme, d’être périssable et pourrissable sur le cours de l’existence: cette vie ne vaut pas tripette ! Le poète français majeur, Paul Valery l’avait qualifiée d’ « une vallée de larmes… ». Mais devant le decret divin, nous ne pouvons que s’en remettre à Lui, Allah « Sub-Haan’Allah ». Pour dire, accepter sa volonté en bons mohamétans.
Papa Youssou Ndoye était plein d’humanité. Son combat se résumait à la défense et à l’illustration du patrimoine lébou. Le Grand Jaaraf du Grand Cap-Vert était un personnage de l’Histoire. Pour la promotion de de la Collectivité léboue à laquelle il appartenait et le clamait partout avec fierté, il ne mettait pas de gant(s). La preuve, il a vécu les rigueurs de la citadelle du silence pour avoir dit non aux injustices qui accablaient les siens. Le petit-fils de Mame Bougouma Kane était si fier de ses origines. Dans nos discussions, il parlait de sa « souche » Hal Pulaar qui le rattacherait au grand Almamy Abdel Kader Kane, une des têtes de pont de la Grande révolution torodo de 1776 au Fouta Toro. Il se plaisait à parler de son aïeul Aliou Ndoye, fondateur du village traditionnel lébou de Ouakam en 1601. Ce qui légitimait, de toute évidence, sa fonction traditionnelle de Jaaraf de Ouakam.
Le défunt Jaaraf Papa Youssou Ndoye est un homme multiple. Il avait de l’audace à revendre. Par moment, il avait vécu le martyre pour défendre l’honneur de la Communauté léboue. Grand talibé « Cheikh », nous étions familiers à ses « Barké El Hadji Malick ». Il avait Tivaouane dans le coeur et le prouvait par chacun de ses actes. Dans les appartements de sa résidence sise aux Mamelles, à Ouakam, les portraits de grandes figures de la Tidjania et mourides trônent sur les murs. Ce qui en dit long sur son amour et son allégeance à Mame Maodo Malick SY. Mon ami le défunt Jaaraf de Ouakam vouait une grande affection envers Mame Limamoulaye Al Mahi. Il aimait Serigne Touba de toute son âme ainsi que sa descendance et autres Maîtres Soufis du pays. Plusieurs fois, il était allé chez le porte-parole des Mourides Cheikh Bassirou Mbacké Abdou Khadre. Il s’était lié d’amitié avec Cheikh Mansour Diouf, représentant du Khalife des Mourides à Ngor, Ouakam,Yoff( le Tank’). Il avait aussi une profonde considération pour Ahmadou Mbackyou Faye, brave et devoué représentant du Khalife Général des Mourides à Dakar. Le Jaaraf Papa Youssou Ndoye avait une grande révérence envers l’Église et participait à beaucoup de ses activités.
Le défunt Jaaraf Papa Youssou Ndoye croyait à la jeunesse de son pays et, particulièremen, celle de Ouakam. Il ne mégotait pas sur ses efforts pour les aider à se réaliser. Idem pour les femmes qu’il n’avait de cesse de tendre une main secourable afin qu’elles s’autonomisent. Il était aussi le promoteur
d’une citoyenneté active. Il n’hésitait pas à se prononcer sur des sujets de l’heure interpelant le destin de notre cher nation, la paix à Dakar, coeur battant du Sénégal, vitrine et l’âme du pays comme il aimait à le dire avec un brin d’orgueil. En lui, l’hospitalité léboue trouvait un terrain d’expression parfaite. Sa demeure est toujours pleine de monde venu de partout. Il était très accueillant. Le partage était sa marque de fabrique, la solidarité un des traits qui le caractérisent.
Pour finir ce petit témoignage fait à bride battue, je dois signaler que le Jaaraf Papa Youssou Ndoye était incontestablement un artisan de la paix sociale et de la concorde nationale. Il croyait en des retrouvailles entre le Président Bassirou Diomaye Diakhar Faye et son ex-PM devenu Président de l’Assemblée Nationale, M. Ousmane Sonko. Jusqu’à son dernier souffle, il soutenait à qui voulait l’entendre » « Diomaye moy Sonko », » Sonko moy Diomaye ». Tant il nourrissait le rêve de voir le duo perdurer aussi longtemps que possible, revenir en de meilleurs sentiments. Mais, il est parti à jamais avant de pouvoir caresser ce beau rêve que beaucoup pense, aujourd’hui, rêvasse ! Mes sincères condoléances à son fils Djiba et ses frères et soeurs, à ses neveux Daouda Diop et Cheikh Ahmed Tidjane Seck, à Samba Tall, à l’écrivain et Président de l’EMAD Abdoul Khadre Gaye, à ses proches, à toute sa famille biologique, à la Communauté léboué et à tout le peuple sénégalais.
Adieu Jaraf! Adieu Mbokkou ! Que la terre de Ouakam qu’il aime tant lui soit légère. Que Firdawsi soit sa demeure éternelle. Amine.
Ibrahima NGOM Damel, Journaliste.
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