Protection de l’enfance en milieu scolaire: le cri de cœur d’un éducateur spécialisé

Par Mouhamadou BA
Educateur spécialisé à l’AEMO de Kebemer/Ministère de la Justice

 

​Il est profondément regrettable de constater que, dans certaines zones, des relations amoureuses (voire sexuelles) entre des professionnels de l’éducation et leurs élèves, parfois mineures, sont devenues une réalité banalisée. Cette banalisation constitue en elle-même un danger car ce qui est habituel finit par sembler acceptable, et ce qui semble acceptable cesse d’être dénoncé.
​Une part de responsabilité revient aux populations qui, par silence, par peur du scandale ou par fausse indulgence envers l’auteur des faits, laissent ces pratiques se perpétuer. Tolérer, c’est cautionner. Et cautionner, c’est abandonner les victimes à leur sort.
​Ces agissements ne sauraient être minimisés ni normalisés. Ils constituent des violations graves des droits de l’enfant et engagent la responsabilité pénale de leurs auteurs. Tout acte de nature sexuelle commis par un adulte, a fortiori un enseignant, sur une mineure est une infraction que la loi réprime et que la conscience collective doit rejeter sans ambiguïté.
​Il est donc impératif que ces situations soient signalées aux services compétents. Dans chaque département, le Service de l’Action Éducative en Milieu Ouvert (AEMO) est spécifiquement mandaté pour assurer la protection des enfants et des jeunes majeurs en situation de danger, victimes ou témoins. Ce service est généralement rattaché, sur le plan fonctionnel ou géographique, à un tribunal d’instance ou à un tribunal de grande instance, bien que sa localisation puisse parfois être détachée de ces juridictions. Il dispose néanmoins des moyens juridiques et éducatifs nécessaires pour intervenir, accompagner les victimes et saisir les autorités judiciaires.
​Car derrière chaque silence se cache une jeune fille sacrifiée, utilisée, puis abandonnée et qui devra porter seule le poids de ce qu’elle n’a pas choisi. Les séquelles psychologiques, affectives et sociales de ces abus hypothèquent durablement leur avenir. Les conséquences sont nombreuses : difficultés scolaires, ruptures familiales, traumatismes profonds, incapacité à construire des relations saines. Ce sont des vies brisées, souvent dans l’indifférence générale.
​La communauté a un rôle crucial à jouer. Éduquer, alerter, dénoncer : tels sont les actes de courage que la protection de nos enfants exige. Se taire, c’est être complice. Dénoncer, c’est protéger nos enfants.

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