Les corps de contrôle suffisent-ils ? Pour une refondation de la lutte contre la corruption au Sénégal
La lutte contre la corruption est devenue l’un des principaux marqueurs du discours politique au Sénégal. Au fil des années, l’État a créé ou renforcé plusieurs institutions : Inspection générale d’État (IGE), Inspection générale des Finances (IGF), Cour des comptes, inspections techniques ministérielles, OFNAC, ARMP, DCMP, entre autres. À première vue, notre pays semble disposer d’un arsenal institutionnel complet.
Pourtant, une question mérite d’être posée : avons-nous réellement besoin de multiplier les structures lorsque celles qui existent disposent déjà de larges pouvoirs de contrôle ?
L’OFNAC, notamment à travers la réception et la vérification des déclarations de patrimoine, apparaît comme une institution dont les missions se superposent, en partie, à celles des autres corps de contrôle. Si les inspections et la Cour des comptes accomplissent leur travail avec rigueur, indépendance et régularité, elles devraient être en mesure de détecter les enrichissements injustifiés, les détournements de deniers publics, les conflits d’intérêts ou les irrégularités de gestion.
Dans ces conditions, la déclaration de patrimoine peut donner l’impression d’un mécanisme davantage symbolique que réellement déterminant. Elle rassure l’opinion publique, mais ne remplace ni les audits approfondis, ni les enquêtes financières, ni la volonté politique de sanctionner les auteurs de malversations.
Le véritable défi du Sénégal n’est donc pas de créer toujours plus d’organismes, mais de rendre pleinement opérationnels ceux qui existent déjà. La multiplication des institutions peut même favoriser des chevauchements de compétences, alourdir les dépenses publiques et, parfois, offrir des postes de nomination à caractère politique sans améliorer concrètement la gouvernance.
À mon sens, l’OFNAC aurait davantage d’impact en se consacrant prioritairement à la prévention : sensibiliser les citoyens, promouvoir la culture de l’intégrité, recevoir les dénonciations, protéger les lanceurs d’alerte et développer une véritable éducation contre la corruption et la concussion. C’est en changeant les mentalités autant qu’en sanctionnant les dérives que l’on bâtira une administration plus vertueuse.
La bonne gouvernance ne dépend pas du nombre d’institutions, mais de leur indépendance, de leur compétence et du courage de faire appliquer leurs conclusions. Si les corps de contrôle accomplissent pleinement leur mission et si leurs recommandations sont suivies d’effets, la déclaration de patrimoine deviendra naturellement un outil secondaire, voire superflu.
Le Sénégal a besoin de moins d’affichage institutionnel et de davantage d’efficacité. Car, en définitive, la meilleure arme contre la corruption n’est pas la prolifération des structures, mais une justice impartiale, des contrôles rigoureux et une volonté politique sans faille.
Soreu Malick, citoyen engagé pour le Sénégal
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